{"id":1189,"date":"2018-12-09T18:04:00","date_gmt":"2018-12-09T17:04:00","guid":{"rendered":"http:\/\/photo.jose-marcio.org\/gallery\/?p=1189"},"modified":"2024-12-13T20:04:31","modified_gmt":"2024-12-13T19:04:31","slug":"1189","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/photo.jose-marcio.org\/gallery\/index.php\/2018\/12\/09\/1189\/","title":{"rendered":"La critique photographique"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><em>\u00ab\u00a0Il y en a qui aiment mes photos : tant pis !!!\u00a0\u00bb<br \/>Jean-Loup Sieff<\/em><\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Question<\/strong> : Quelle est la valeur de la critique photographique ???<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>R\u00e9ponse courte<\/strong> : \u00c7a d\u00e9pend : \u00e7a peut \u00eatre beaucoup mais \u00e7a peut \u00eatre rien.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>R\u00e9ponse longue : <\/strong>&#8230;<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify;\">La critique photographique est une activit\u00e9 pratiqu\u00e9e par tous : on regarde des photos des amis et on dit qu&rsquo;elles sont \u00ab\u00a0stunning\u00a0\u00bb. Des photos sont soumises dans les forums pour \u00eatre comment\u00e9es, les photos sont jug\u00e9es et class\u00e9es dans les concours photographiques ou dans les r\u00e9unions des photo-clubs. Assez souvent, seuls les points n\u00e9gatifs sont soulev\u00e9s.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce qu&rsquo;on oublie souvent est qu&rsquo;une critique photographique n&rsquo;est rien d&rsquo;autre qu&rsquo;une \u00e9valuation subjective, et cela m\u00eame si on affirme que les crit\u00e8res sont objectifs. Ce n&rsquo;est jamais un jugement d\u00e9finitif et \u00e7a devrait toujours commencer par quelque chose comme : \u00ab\u00a0\u00c0 mon avis&#8230;\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0Je pense que&#8230;\u00a0\u00bb.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify;\">La critique photographique est toujours fond\u00e9e sur un crit\u00e8re ou un ensemble de crit\u00e8res. Et c&rsquo;est \u00e7a le probl\u00e8me : c&rsquo;est comme si seules les photos r\u00e9pondant \u00e0 ces crit\u00e8res \u00e9taient dignes d&rsquo;\u00eatre appr\u00e9ci\u00e9es. D\u00e9cortiquons un peu cet \u00e9tat des choses&#8230;<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify;\">En photo, il y a les r\u00e8gles techniques qui sont largement expliqu\u00e9es dans des tr\u00e8s nombreux livres pour amateurs (et m\u00eame professionnels), avec des titres tels \u00ab\u00a0Composez, r\u00e9glez, d\u00e9clenchez !\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0Pratique de la composition\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0Pratique de l&rsquo;exposition\u00a0\u00bb, &#8230; Il est surement utile de conna\u00eetre tous ces conseils mais, faut-il les suivre \u00e0 la lettre ? Bien s\u00fbr que non ! Et il y a plusieurs raisons pour les transgresser et il faut juste savoir pourquoi on le fait.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify;\">La premi\u00e8re raison est tout simplement le fait que le photographe est un \u00eatre humain dot\u00e9 d&rsquo;un cerveau, capable de r\u00e9fl\u00e9chir. Une r\u00e8gle est une op\u00e9ration qui peut \u00eatre automatis\u00e9e et programm\u00e9e, puisque parfaitement d\u00e9finie. Cela veut dire, tout simplement, qu&rsquo;il serait parfaitement possible de construire et programmer une machine (bref, un robot) avec ces r\u00e8gles et il serait parfaitement capable de r\u00e9aliser toutes les photographies possibles de la cat\u00e9gorie <em>\u00ab\u00a0bonnes photos\u00a0\u00bb<\/em>. Ce qui est, bien entendu, un absurde. Or, l&rsquo;activit\u00e9 artistique \u00e9tant une <em>\u00ab\u00a0activit\u00e9 de l&rsquo;esprit\u00a0\u00bb<\/em>,\u00a0 on ne peut cr\u00e9er une oeuvre d&rsquo;art qu&rsquo;en transgressant les r\u00e8gles, <em>\u00ab\u00a0ce programme de la machine\u00a0\u00bb<\/em>, tel qu&rsquo;exprim\u00e9 par Vil\u00e9m Flusser dans <em>\u00ab\u00a0Pour une philosophie de la photographie\u00a0\u00bb<\/em> [4]. A son tour, Lazlo Moholy-Nagy consid\u00e8re que <em>\u00ab\u00a0l&rsquo;ennemi de la photographie, c&rsquo;est le conventionnel, les r\u00e8gles rigides des modes d&#8217;emploi\u00a0\u00bb<\/em>.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify;\">Transgresser les r\u00e8gles peut \u00eatre une question de style. Par exemple, un des conseils pour faire une bonne photo est d&rsquo;\u00e9viter la pr\u00e9sence d&rsquo;\u00e9l\u00e9ments \u00ab\u00a0g\u00eanants\u00a0\u00bb, des \u00e9l\u00e9ments sans rapport avec l&rsquo;objet de la photographie. Et bien, je suis tr\u00e8s content justement quand j&rsquo;arrive \u00e0 placer un objet \u00e9tranger dans mes photos \u00e0 condition de garder une certaine esth\u00e9tique. La raison est toute simple : dans la vie r\u00e9elle, les id\u00e9es, ou gestes, les actes, &#8230; ne sont jamais perceptibles et identifiables tout de suite, ils sont toujours m\u00e9lang\u00e9s avec des \u00e9l\u00e9ments \u00e9trangers et c&rsquo;est \u00e0 chacun de les identifier et choisir ce qui est pertinent ou pas. Je ne fais que reproduire, dans mes photos, ce qui se passe \u00e0 chaque instant dans nos vies. Certains photographes, amateurs ou professionnels retouchent leurs photos pour enlever ces \u00e9l\u00e9ments. Personnellement, je ne le fais pas : ils \u00e9taient l\u00e0, je les laisse.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignright wp-image-1501 size-medium\" src=\"https:\/\/photo.jose-marcio.org\/gallery\/wp-content\/uploads\/2018\/12\/Lartigue-voiture-300x207.webp\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"207\" srcset=\"https:\/\/photo.jose-marcio.org\/gallery\/wp-content\/uploads\/2018\/12\/Lartigue-voiture-300x207.webp 300w, https:\/\/photo.jose-marcio.org\/gallery\/wp-content\/uploads\/2018\/12\/Lartigue-voiture-768x530.webp 768w, https:\/\/photo.jose-marcio.org\/gallery\/wp-content\/uploads\/2018\/12\/Lartigue-voiture.webp 801w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/>Les r\u00e8gles peuvent aussi \u00e9voluer dans le temps. Un des exemples tr\u00e8s connus est celui d&rsquo;une photographie prise par Jacques-Henri Lartigue lors d&rsquo;une course automobile en 1906 : cette photo avait un \u00ab\u00a0d\u00e9faut\u00a0\u00bb li\u00e9 \u00e0 une combinaison d&rsquo;un objet en mouvement, une vitesse de d\u00e9clenchement lente et un appareil avec obturateur vertical. Lartigue a consid\u00e9r\u00e9, sur le coup, que c&rsquo;\u00e9tait une photo rat\u00e9e: c&rsquo;\u00e9tait le jugement de l&rsquo;\u00e9poque. Il a retrouv\u00e9 cette photo 40 ans apr\u00e8s, a chang\u00e9 d&rsquo;avis et, finalement, cette photo est consid\u00e9r\u00e9e comme \u00e9tant une des ic\u00f4nes du si\u00e8cle dernier. En fait, ce \u00ab\u00a0d\u00e9faut\u00a0\u00bb est quelque chose qui sugg\u00e8re le mouvement dans l&rsquo;image. Les ombres port\u00e9es et les reflets dans les vitres sont deux autres exemples de d\u00e9faut, selon les r\u00e8gles de l&rsquo;\u00e9poque, qui sont devenus des \u00e9l\u00e9ments de cr\u00e9ativit\u00e9 artistique quelque temps plus tard.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans Fautographie [2] (un petit livre tr\u00e8s int\u00e9ressant), Cl\u00e9ment Ch\u00e9roux \u00e9tudie, entre autres choses, les raisons des photographies rat\u00e9es&#8230; et montre comment et pourquoi certaines photos rat\u00e9s finissent par devenir des vraies r\u00e9ussites. Certains photographes &#8211; Man Ray ou Lazlo Moholy-Nagy &#8211; provoquaient volontairement des erreurs \u00e0 des fins exp\u00e9rimentales alors que d&rsquo;autres &#8211; Darget, Luys ou Baraduc &#8211; les subissaient inconsciemment et avaient une mauvaise interpr\u00e9tation.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify;\">Par ailleurs, tout grand photographe a un style particulier souvent li\u00e9 \u00e0 la transgression d&rsquo;une r\u00e8gle &#8211; des \u00ab\u00a0erreurs\u00a0\u00bb volontaires. Ils connaissent les r\u00e8gles, les transgressent tout en sachant pourquoi;<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans les sites d\u00e9di\u00e9s \u00e0 la photographie on voit des critiques parfois tr\u00e8s s\u00e9v\u00e8res et on peut se demander si le commentaire ne sert juste \u00e0 satisfaire une d\u00e9viation psychologique du commentateur, ou si le commentateur a des connaissances suffisantes pour \u00e9mettre un quelconque point de vue. Ce sont, le plus souvent, des amateurs qui se pr\u00eatent \u00e0 ce jeu, mais on trouve aussi des professionnels techniciens excessivement pointilleux qui ne regardent que la technique.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify;\">Lors d&rsquo;une r\u00e9union dans un club-photo j&rsquo;ai pr\u00e9sent\u00e9 une s\u00e9rie de photos de fleurs prises pendant la nuit : des fleurs dans des arbres et arbustes (une forme de performance connue par l&rsquo;expression \u00ab\u00a0<em>un parcours sous contrainte<\/em>\u00ab\u00a0). Un \u00ab\u00a0<em>d\u00e9faut<\/em>\u00a0\u00bb a \u00e9t\u00e9 signal\u00e9 : il manquait un morceau d&rsquo;une feuille, probablement mang\u00e9 par un insecte. Or, c&rsquo;\u00e9tait une photo de la nature et pas une photo de studio. Je me suis demand\u00e9, \u00e0 voix basse, si les femmes qui ne sont pas conformes aux canons de beaut\u00e9 avaient le droit d&rsquo;\u00eatre photographi\u00e9es&#8230; Ce n&rsquo;est pas une photo extraordinaire, mais la raison n&rsquo;est pas celle-l\u00e0.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans les r\u00e9seaux sociaux sp\u00e9cialis\u00e9s en photographie (p. ex.\u00a0\u00a0<a href=\"http:\/\/500px.com\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">http:\/\/500px.com<\/a>) les abonn\u00e9s sont mis en situation de concurrence, chacun essaye de placer ses photos parmi les plus populaires avec un processus de notation assez obscure et \u00ab\u00a0secret\u00a0\u00bb (sic). Le comportement r\u00e9sultant est assez \u00e9tonnant : pour inciter les autres \u00e0 venir voter pour ses images, chaque abonn\u00e9 doit visiter les photos de ses \u00ab\u00a0amis\u00a0\u00bb, cliquer sur \u00ab\u00a0J&rsquo;aime\u00a0\u00bb et laisser un commentaire excessivement aimable (\u00ab\u00a0stuning\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0awesome\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0great capture\u00a0\u00bb, &#8230;) et nominatif pour indiquer qu&rsquo;il est pass\u00e9 par l\u00e0 et qu&rsquo;il attend \u00eatre remerci\u00e9 de la m\u00eame fa\u00e7on. En m\u00eame temps, d&rsquo;autres abonn\u00e9s anonymes attribuent, sans aucune explication, des votes n\u00e9gatifs pour plomber les photos concurrentes dont le score commence \u00e0 monter. Ce sont, en fait, juste des r\u00e9seaux sociaux d\u00e9guis\u00e9s en sites sp\u00e9cialis\u00e9s en photographie. Par ailleurs, les cr\u00e9ateurs et d\u00e9veloppeurs de ces sites n&rsquo;ont pas, en g\u00e9n\u00e9ral, aucune exp\u00e9rience ni professionnelle ou acad\u00e9mique en photographie, ce sont juste des gens qui font du business.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify;\">Certains organismes organisent des concours photographiques. On peut d\u00e9j\u00e0 se demander quel est l&rsquo;int\u00e9r\u00eat de se mesurer \u00e0 d&rsquo;autres photographes, vu que les crit\u00e8res sont toujours subjectifs et donc critiquables. Avez vous entendu parler d&rsquo;un concours auquel des photographes tels Cartier-Bresson, Doisneau, Brassai, Salgado, &#8230; auraient particip\u00e9 ??? Concourir en vue d&rsquo;obtenir une bourse, pour quoi pas ? Une cat\u00e9gorie qui me semble aberrante est le concours d&rsquo;images projet\u00e9es. Des images sont projet\u00e9es devant un jury qui a quatre secondes pour juger et noter chaque photographie. Cela veut dire que le contenu de l&rsquo;image doit \u00eatre compl\u00e8tement assimil\u00e9 au bout de ce d\u00e9lai tr\u00e8s court. Sauf une extraordinaire capacit\u00e9 d&rsquo;appr\u00e9ciation des juges, toute photographie ayant un contenu poussant \u00e0 la r\u00e9flexion ou \u00e0 l&rsquo;interpr\u00e9tation sera mal \u00e9valu\u00e9e. C&rsquo;est comme vouloir lire et appr\u00e9cier correctement un livre de photos de 150 pages en seulement 10 minutes.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify;\">Des situations extr\u00eames peuvent arriver, en photographie documentaire ou journalistique, o\u00f9 l&rsquo;important est d&rsquo;enregistrer le moment &#8211; les consid\u00e9rations esth\u00e9tiques et de r\u00e9glages de l&rsquo;appareil sont des pr\u00e9occupations lointaines. Citons comme exemple, les c\u00e9l\u00e8bres photographies prises par Robert Capa o\u00f9 il a enregistr\u00e9 la mort d&rsquo;un soldat loyaliste en Espagne en septembre 1936 et le d\u00e9barquement des forces alli\u00e9es le 6 juin 1944, ou encore les photos prises par des SonderKommando en Auschwitz pour sensibiliser les pays occidentaux de ce qui se passait dans ce camps [3].<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify;\">N&rsquo;oublions pas de citer les images prises par des f\u00e9rus de la technologie moderne, des photos merveilleuses, dont la qualit\u00e9 apparente vient plus de l&rsquo;appareil ou du logiciel de post-traitement que du photographe.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify;\">Il y a aussi le cot\u00e9 affectif. Une photo mal cadr\u00e9e ou mal expos\u00e9e d&rsquo;un enfant peut avoir une valeur sentimentale immense. Roland Barthes dans son livre \u00ab\u00a0La chambre claire\u00a0\u00bb raconte sa qu\u00eate d&rsquo;une photo de sa m\u00e8re dans un lot. Il n&rsquo;a trouv\u00e9 qu&rsquo;une seule qui correspondant \u00e0 l&rsquo;image qu&rsquo;il avait d&rsquo;elle. La photo n&rsquo;apparait pas dans le livre et on reste sans savoir si la photo correspondait ou pas \u00e0 des crit\u00e8res, par exemple, esth\u00e9tiques. En tout cas, il serait surement d\u00e9plac\u00e9 de dire \u00e0 Roland Barthes que la photo de sa m\u00e8re \u00e9tait une mauvaise photo.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify;\">Et le c\u00f4t\u00e9 psychique&#8230; une photo peut contenir des \u00e9l\u00e9ments impliquant personnellement celui qui la regarde, par exemple, une personne ressemblant fortement quelqu&rsquo;un qui dans le pass\u00e9 lui a rendu heureux ou, au contraire, inflig\u00e9 une forte souffrance. Ces \u00e9l\u00e9ments peuvent \u00eatre suffisament forts pour modifier l&rsquo;objectivit\u00e9 de celui qui examine la photo. Ce aspect est examin\u00e9 dans, par exemple, l&rsquo;avant dernier chapitre du livre de Serge Tisseron [8].<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify;\">On peut dire qu&rsquo;en photographie il y a deux grandes cat\u00e9gories de photographes : les <em>photographes artistes<\/em> et les <em>artistes photographes<\/em>. Il y a aussi une troisi\u00e8me constitu\u00e9e par ceux qui sont \u00e0 cheval sur les deux &#8211; je cite, p.ex. Man Ray. On peut d\u00e9crire les extr\u00eames par une caricature. Dans la premi\u00e8re cat\u00e9gorie on trouve ceux pour qui la technique et la qualit\u00e9 du mat\u00e9riel sont des \u00e9l\u00e9ments essentiels, le r\u00e9sultat recherch\u00e9 est justement le respect des r\u00e8gles d\u00e9j\u00e0 mentionn\u00e9es, la finesse des contours, &#8230; ce sont des acteurs qui manient parfaitement leurs appareils. Dans l&rsquo;autre extr\u00eame, celui des <em>artistes photographes<\/em>, on trouve des gens qui prennent des photos avec des appareils pour amateurs et qui parfois ne dominent m\u00eame pas les r\u00e9glages de base, tels l&rsquo;ouverture, le temps d&rsquo;exposition ou la profondeur de champs.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify;\">Assez souvent, en photographie contemporaine (ou photographie plasticienne), le plus important n&rsquo;est pas la esth\u00e9tique de l&rsquo;image mais <em>le pourquoi<\/em> et <em>le comment<\/em> les photos ont \u00e9t\u00e9 prises [6]. C&rsquo;est le cas, par exemple, des photographies prises lors d&rsquo;une performance artistique ou alors quand les photographies constituent, elles m\u00eames, la performance. Dans ces photos, ce qui doit \u00eatre appr\u00e9ci\u00e9 n&rsquo;est, en g\u00e9n\u00e9ral, pas juste le cot\u00e9 esth\u00e9tique.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais que ce soit en photographie contemporaine ou pas, il arrive souvent que l&rsquo;int\u00e9r\u00eat d&rsquo;une photographie ne peut \u00eatre per\u00e7u imm\u00e9diatement. Ian Jeffrey dans \u00ab\u00a0Le sens cach\u00e9 de la photographie\u00a0\u00bb [5] ou John Szarkovski dans \u00ab\u00a0Looking at photographs\u00a0\u00bb [7] analysent quelques centaines de photographies, parfois anodines, mais avec un contenu, \u00e0 premi\u00e8re vue, invisible. Dans cette photo de Daido Moriyama, en apparence mal cadr\u00e9e et avec le contraste pouss\u00e9 \u00e0 l&rsquo;extr\u00eame, on ne voit l&rsquo;int\u00e9r\u00eat que lorsqu&rsquo;on apprend que le travail de l&rsquo;artiste, dans cette p\u00e9riode, \u00e9tait de montrer le cot\u00e9 sombre de la vie urbaine, et c&rsquo;est \u00e0 ce moment qu&rsquo;on se rend compte que l&rsquo;on retrouve le regard terrible de ce chien errant dans des \u00eatres humains, aussi errants, que l&rsquo;on croise parfois dans la rue.<\/p>\r\n<p>Une de mes photos, prises dans le m\u00e9tro parisien, a aussi subi des commentaires d\u00e9favorables \u00e0 cause de la tonalit\u00e9 globalement sombre. En fait, la photo avait \u00e9t\u00e9 intentionnellement noircie pour faire ressortir le sentiment de malaise et de claustrophobie que je ressens dans le transport souterrain.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify;\">Ces deux exemples montrent que parfois la photo seule ne suffit pas \u00e0 une critique. Il faut l&rsquo;\u00e9valuer vis-\u00e0-vis d&rsquo;un contexte, d&rsquo;un objectif artistique ou d&rsquo;un message \u00e0 transmettre, message qui n&rsquo;est pas toujours connu.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify;\">On voit donc bien que ces deux populations (photographes artistes et artistes photographes) ont des points de vue qui peuvent \u00eatre contradictoires et qui, sans aucun doute, sont \u00e0 l&rsquo;origine d&rsquo;erreurs d&rsquo;appr\u00e9ciation.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify;\">Robert Adams, photographe am\u00e9ricain exp\u00e9riment\u00e9, apr\u00e8s une carri\u00e8re o\u00f9 il a vu et subit la critique photographique, propose dans son livre \u00ab\u00a0Essais sur le beau en photographie\u00a0\u00bb [1] une attitude qui est de ne commenter que les aspects positifs des photographies. Et s&rsquo;il n&rsquo;y en a pas, il est pr\u00e9f\u00e9rable de ne rien dire.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify;\">Apr\u00e8s tout, l&rsquo;appr\u00e9ciation d&rsquo;un travail artistique rel\u00e8ve, heureusement, du go\u00fbt de chacun. Une oeuvre d&rsquo;art r\u00e9veille des sentiments ou des sensations. En tant que r\u00e9cepteur, c&rsquo;est \u00e0 chacun de juger si ce que l&rsquo;on nous dit doit \u00eatre pris en compte ou ignor\u00e9.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify;\">En conclusion, la critique photographique est parfois utile, mais il faut savoir sur quels crit\u00e8res la photo est \u00e9valu\u00e9e et jamais consid\u00e9r\u00e9e comme jugement d\u00e9finitif sans appel.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais&#8230; Mais tout ceci ne veut pas dire que toutes les photos sont bonnes&#8230;<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>R\u00e9f\u00e9rences<\/strong> :<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify;\">[1] Robert Adams, <em>Essais sur le beau en photographie<\/em> &#8211; Fanlac, 1996<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify;\">[2] Cl\u00e9ment Ch\u00e9roux, <em>Fautographie &#8211; Petite histoire de l&rsquo;erreur photographique<\/em> &#8211; Editions Yellow Now, 2003<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify;\">[3] Georges Didi-Huberman,<em> Images malgr\u00e9 tout<\/em> &#8211; Editions de Minuit, 2003<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify;\">[4] Vil\u00e9m Flusser &#8211;<em> Pour une philosophie de la photographie<\/em> &#8211; Circ\u00e9, 2004<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify;\">[5] Ian Jeffrey,<em> Le sens cach\u00e9e de la photographie<\/em> &#8211; Ludion, 2009<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify;\">[6] Fran\u00e7ois Soulages et Marc Tamisier, <em>Photographie contemporaine &amp; art contemporain<\/em> &#8211; Klienksieck, 2012<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify;\">[7] John Szarkovski, <em>Looking at photographs<\/em> &#8211; Museum Of Modern Art, 1999<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify;\">[8] Serge Tisseron, <em>Le myst\u00e8re de la chambre claire &#8211;<\/em> Champs arts &#8211; Flammarion, 1996<\/p>\r\n\r\n<p>&nbsp;<\/p>\r\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab\u00a0Il y en a qui aiment mes photos : tant pis !!!\u00a0\u00bbJean-Loup Sieff Question : Quelle est la valeur de<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[5],"tags":[],"class_list":["post-1189","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-blog","comments-off"],"post_mailing_queue_ids":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/photo.jose-marcio.org\/gallery\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1189","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/photo.jose-marcio.org\/gallery\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/photo.jose-marcio.org\/gallery\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/photo.jose-marcio.org\/gallery\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/photo.jose-marcio.org\/gallery\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1189"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/photo.jose-marcio.org\/gallery\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1189\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1502,"href":"https:\/\/photo.jose-marcio.org\/gallery\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1189\/revisions\/1502"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/photo.jose-marcio.org\/gallery\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1189"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/photo.jose-marcio.org\/gallery\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=1189"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/photo.jose-marcio.org\/gallery\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=1189"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}